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LA TECHNIQUE DE TRANSPLANTATION
Depuis les années 1930, de
nombreux chercheurs ont fait progresser diverses techniques de transplantation
capillaire. Mais c'est seulement au début des années 1990 que cette
discipline a franchi une étape décisive et s'est dotée de véritables
lettres de noblesse. C'est également au début de ces mêmes années
que fut créé l'International Society of Hair Restoration Surgery,
une société américaine de référence qui compte à ce jour près de
700 membres parmi les plus éminents, répartis dans 37 pays. Pour
mieux saisir les différentes facettes de cette révolution, un bref
retour en arrière s'impose, permettant au lecteur de mieux mesurer
les avancées accomplies au fil des ans.
Il y a quelques décennies, une
image s'imposait: celle d'un homme flanqué, sur le dessus du crâne
ou, pire encore, en plein milieu du front, de petites touffes de
cheveux qui lui donnaient l'aspect, très inesthétique, du classique
champ de poireaux ou, encore, d'une tête dotée de cheveux de poupée.
Le procédé de transplantation
consistait, à l'époque, à prélever, au moyen de petits instruments
circulaires et tranchants, de multiples « carottes > de cuir chevelu
de quatre ou cinq millimètres de diamètre ou plus dans la région
de la couronne située derrière les oreilles ou plus bas vers la
nuque. Chacun de ces fragments de peau, qui pouvaient contenir jusqu'à
15 ou 20 cheveux, était alors immédiatement réimplanté sur la région
dégarnie, sans précautions particulières.
Hormis le petit nombre d'implants
posés à chaque séance, et donc la nécessité de répéter les séances
un très grand nombre de fois pour couvrir efficacement une zone,
le moins que l'on puisse dire c'est que les résultats esthétiques
laissaient plus qu'à désirer, tant au niveau de la bordure frontale
que de la zone du prélèvement. Cette dernière était d'ailleurs criblée
d'autant de petites cicatrices circulaires que de greffons prélevés,
donnant au cuir chevelu un aspect mité des plus curieux.
Cela étant dit, il importe de
mentionner certaines exceptions à la règle, ce qui confirme qu'il
y a toujours à apprendre du passé, y compris d'une technique considérée
comme dépassée. Certains patients présentent en effet des résultats
malgré tout très intéressants, et ce, malgré les vieilles méthodes
employées. En général, il s'agit de patients avec des cheveux fins
et de couleur claire capables de supporter des greffons composés
de plus de un à quatre cheveux. Il en va tout autrement pour les
patients aux cheveux noirs et épais. L'implant est alors beaucoup
plus gros et le patient ne peut se coiffer en arrière sans que la
bordure frontale ne se voie comme le nez au milieu de la figure.
Il est encore plus curieux de
constater que même dans les cas où les résultats sont mauvais, la
majorité de ces patients, pionniers de la greffe, se satisfont du
travail effectué. Se sont ils habitués à leur aspect? Avec le temps,
ont ils réussi à s'accepter et à se faire une raison? Ou tout simplement
s'aiment ils davantage avec des cheveux grossièrement implantés
plutôt que sans cheveux du tout? Sans doute est ce un peu tout cela
à la fois.
Enfin, en ce qui a trait au
déroulement et aux suites de cette intervention telle qu'elle se
pratiquait dans le passé, le souvenir qui prévaut est, en général,
celui d'une intervention douloureuse, provoquant de l'inconfort
et nécessitant de garder un pansement pendant de nombreux jours,
avec interdiction d'effectuer son premier shampooing avant une ou
deux semaines.
Ce bref rappel suffit à lui
seul à confirmer sans l'ombre d'une quelconque prétention qu'aujourd'hui
n'est plus hier. Et dans le domaine de la transplantation des cheveux,
il ne s'agit pas d'une simple évolution, mais bel et bien d'une
révolution.
En effet, ces 10 dernières années
ont permis aux experts de progresser comme ils ne l'avaient jamais
fait auparavant. S'il fallait trouver une explication à cette progression,
il semble qu'elle réside essentiellement dans l'intérêt croissant
des médecins et des chirurgiens esthétiques pour cette discipline.
Il y a davantage de praticiens, donc davantage de progrès et donc,
davantage de patients, permettant, par l'observation des résultats
obtenus, d'affiner encore et toujours cette technique.
La transplantation aujourd'hui
Qu'en est il exactement de cette
microgreffe ou, mieux encore, de cette microtransplantation, terme
qu'on utilise aujourd'hui pour parler de la transplantation des
cheveux?
La réponse tient en fait dans
le terme « micro > . Ce qui était hier technique de base est devenu
technique de pointe; ce qui était « gros » est devenu « micro ».
Une explication s'impose ici!
La technique de transplantation
des cheveux implique la mise en oeuvre de trois opérations successives:
le prélèvement, la découpe des implants et la transplantation, le
tout réalisé en seulement une demi journée.
Tout d'abord, le prélèvement
ou récolte des cheveux consiste à prélever sous anesthésie locale
une fine bandelette de cuir chevelu, au plus bas de la couronne,
au niveau des cheveux les plus définitifs. La taille du prélèvement
varie en fonction du travail à effectuer, c'est à dire de la surface
chauve à combler. Elle est en moyenne de i à 1,2 cm de large sur
10 à 12 cm de long, suivant le cas. Néanmoins, dans le cas de très
grandes calvities, le prélèvement peut atteindre 25 cm de long ou
plus et s'étendre d'une oreille à l'autre, Il n'est pas rare, alors,
d'obtenir un nombre d'implants supérieur ou égal à 1000. Ce livre
reprendra plus tard cette question du nombre d'implants, car les
patients la posent systématiquement, et elle mérite une réponse
claire et précise, d'autant plus qu'un plus grand nombre d'implants
ne signifie pas obligatoirement un plus grand nombre de cheveux
implantés.
Une fois le prélèvement réalisé,
la perte de substance cutanée est traitée. Pour ce "aire, il faut
réaliser une suture au moyen d'un fil résorbable, ce qui évite au
patient le désagrément d'avoir à consulter à nouveau pour l'ablation
des fils. À l'endroit de cette suture, quelques semaines plus tard,
apparaît une fine cicatrice perdue au milieu des cheveux, la plupart
du temps parfaitement indécelable.
La deuxième étape consiste en
la préparation des implants. Une fois cette bandelette prélevée,
elle est découpée en plusieurs fragments de quelques centimètres
chacune, puis redécoupée en de multiples fragments d'une taille
inférieure ou égale au millimètre. Selon la taille et le nombre
de cheveux contenus dans chacun de ces fragments, il s'agit de Inini
ou de micro implants. Un mini implant contient entre trois et quatre
cheveux; un micro implant, entre un et deux cheveux.
Ce travail, que l'on pourrait
comparer au travail des diamantaires, est réalisé par des assistantes
spécialement formées, dont la compétence, au même titre que celle
du praticien, conditionne le succès de l'entreprise.
À ce niveau, une observation
s'impose. En effet, si l'on étudie, sous un fort grossissement,
la disposition des cheveux sur le crâne, on constate qu'ils se répartissent
naturellement en groupements de un, deux, trois ou quatre cheveux.
En pratique, cela veut dire qu'ils émergent, non pas, comme nous
poumons le croire, de façon isolée, mais par bouquets qui empruntent
le même orifice.
Lors de la découpe de la bandelette,
on retrouve la même organisation sous forme d'innombrables groupements.
Chacun de ces groupements forme ce que l'on appelle l'unité folliculaire,
dont la lésion, selon certaines études, pourrait contrarier de façon
non négligeable la qualité de la repousse.
En utilisant un discours imagé,
il est possible de comparer ces unités folliculaires à des familles.
Chacune de ces familles est constituée, par exemple, d'un célibataire
(pour les implants de un cheveu), d'un couple (pour les implants
de deux cheveux), d'un couple avec enfants (pour les implants de
trois ou quatre cheveux). Ainsi, le principe adopté par une grande
majorité de spécialistes dans le monde est que "'on ne doit
pas séparer des familles unies". Pour ce faire, l'utilisation
d'appareils de fort grossissement, comme par exemple le microscope
ou la loupe binoculaire, devrait grandement faciliter le travail
des assistantes.
En clair, les chercheurs recommandent
de ne pas chercher à obtenir deux implants de deux cheveux chacun,
à partir d'une unité folliculaire contenant quatre cheveux, puisque
cela aurait pour conséquence d'isoler un couple de ses deux enfants,
ces derniers devenant par la force des choses deux orphelins, donc
plus fragiles.
Les cheveux, séparés artificiellement
de la famille à laquelle ils appartiennent, seraient en effet coupés
d'un système complexe de glandes, appelées glandes sébacées, dont
la preuve est aujourd'hui faite qu'elles participent à leur bonne
croissance, et que ce système ne doit être altéré sous aucun prétexte.
Tout en approuvant totalement
ce point de vue, il importe de le compléter en ajoutant que dans
le cas de zones donneuses de faible densité comportant un très grand
nombre de cheveux isolés, il faut au contraire les réunir, afin
d'obtenir un plus grand nombre d'implants de deux ou trois cheveux,
indispensables à l'obtention d'une densité suffisante. Ce travail,
d'une infinie délicatesse, est long et laborieux pour toute l'équipe
médicale, et ne peut trouver son application que dans une structure
dotée de tous les moyens techniques et humains nécessaires.
Il faut donc insister sur le
rôle capital que jouent les assistantes, plus particulièrement durant
l'étape de « façonnage » des implants, où il leur faut user de tout
leur talent pour, dans un premier temps, préserver et, dans un deuxième
temps, restituer l'organisation décidée par la nature. Une fois
de plus, cette notion d'équipe s'impose à tout praticien qui souhaite
se lancer dans la transplantation de cheveux de haut niveau. La
microtransplantation de cheveux ne peut se réaliser tout seul dans
son cabinet; seule l'action concertée d'une équipe compétente et
organisée, constituée de talents complémentaires, est garante de
la qualité des résultats et du confort pour le patient.
La troisième étape est celle
de l'implantation. Après avoir réalisé une anesthésie locale au
niveau de la région destinée à être greffée, c'est au moyen d'instruments
de microchirurgie que le médecin ou le chirurgien réalise ses micro
incisions. Celles ci peuvent prendre la forme de petits trous ou
de petites fentes selon les cas à traiter, et selon les habitudes
de chacun.
La technique des minis ou des
microfentes permet de réaliser des implantations dans des localisations
encore chevelues, sans risquer d'abîmer les bulbes des cheveux restants,
au contraire des minis ou microtrous qui, eux, risquent de détruire
des bulbes encore sains.
Quel que soit le type de calvitie,
l'utilisation de la technique des microfentes est préférable, car
elle pennes, entre autres, de rapprocher les implants le plus possible
les uns des autres.
Mille incisions ou plus peuvent
être réalisées lors d'une seule séance. Les cheveux sont alors réimplantés
dans le même sens qu'à l'origine, dans un axe de 45°, et selon une
orientation en éventail pour la région frontale, ou en rayons de
roue pour la tonsure. Cette dernière s'étale à partir d'un point
central, appelé le tourbillon, point de départ de tous les cheveux
qui, s'il n'existe plus, est lui aussi reconstitué.
À ce moment de l'intervention,
le praticien, après avoir été à la pêche aux cheveux lors du prélèvement,
endosse l'habit du jardinier high tech cultivant son jardin.
Le terrain ayant été bien préparé,
l'étape ultime consiste dans la transplantation proprement dite
d'implants. Cette dernière étape relève à la fois des compétences
du médecin et des assistantes qui, une fois encore, ont été spécialement
formées à insérer les implants dans les petites niches préalablement
réalisées. Cette dernière étape nécessite un grand savoirfaire,
alliant vitesse et dextérité, et ne supporte aucune improvisation,
d'autant plus qu'il s'agit du traitement de grandes calvities, où
un nombre considérable d'implants doit être transplanté en un minimum
de temps.
Ne perdons jamais de vue que
cet acte se déroule sous anesthésie locale et qu'il faut agir en
tenant compte des limites du temps d'action des produits anesthésiques.
Rappelons enfin que les trois étapes, prélèvement, préparation des
implants et implantation, se réalisent dans le même temps opératoire
et que la durée moyenne d'une longue séance est de quatre heures.
Outre d'excellents résultats,
il faut préciser, au chapitre des modalités opératoires, qu'à l'opposé
des méthodes d'hier, cette intervention est devenue parfaitement
indolore et permet au patient de repartir dans l'heure qui suit
la fin de la séance sans devoir afficher le moindre pansement. Il
peut effectuer son premier shampooing dans les 48 heures qui suivant
l'intervention, au rythme d'un shampooing tous les jours ou tous
les deux jours, jusqu'à cicatrisation définitive, ce qui prend 15
jours en moyenne.
Au travers de cet exposé certes
un peu technique, il apparaît bien que cet acte indolore et d'une
très grande légèreté pour le patient nécessite, en coulisses, une
grande organisation. Ainsi, il ne semble pas envisageable de s'attaquer
à de grosses stratégies de reconstruction sans un minimum de deux
ou trois assistantes qui peuvent se relayer et se contrôler mutuellement
dans l'exercice de leur art.
Le médecin est quant à lui
seul responsable à bord et seul habilité à réaliser sur le patient
les actes chirurgicaux ou d'injection de produits. Tel un chef d'orchestre
au milieu de ses musiciens, il veille, dans un souci de perfection,
à ce que la partition de toutes et tous soit parfaitement jouée.
Il découle alors de ce travail d'équipe un profond respect des uns
envers les autres, et donc un climat de calme et de sérénité qui
ne pourra que contribuer à la tranquillité du patient.
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