LA TRANSPLANTATION DE CHEVEUX CHEZ L'HOMME JEUNE
De très nombreux hommes
jeunes consultent un professionnel pour un problème de calvitie
naissante, qu'il s'agisse d'un éclaircissement frontal se
prolongeant ou non jusqu'au vertex, d'un recul des golfes temporaux,
ou encore de l'apparition d'une tonsure.
En général, ces
patients sont inquiets pour l'avenir et il appartient donc au professionnel
de les guider vers la stratégie la plus efficace, mais aussi
la plus raisonnable. Aussi, à l'issue de la consultation,
une première séance de microtransplantation peut être
planifiée pour certains. Pour d'autres, il est préférable
de remettre à plus tard cette première séance,
tant la calvitie semble être au tout début de son développement.
De la même façon,
à calvitie égale, un homme de 25 ans sera traité
tout à fait différemment d'un homme de 50 ans, et
ce pour des raisons évidentes liées à une aggravation
possible de la perte de cheveux pour le premier, et à une
stabilisation prévisible pour le second.
Là encore, différents
paramètres sont pris en compte lors de la première
visite, comme les antécédents familiaux, décrits
précédemment, mais aussi la position des lignes temporales
et la hauteur de la couronne.
La classification de Hamilton
Pour mieux saisir quelles sont
les diverses formes de calvitie qui frappent l'homme, il est possible
de se référer à la classification de Hamilton,
laquelle décrit les différents stades de calvitie,
par ordre croissant d'aggravation, sur une échelle allant
de 1 à VII.
Les stades VI et VII se retrouvent
rarement chez le jeune homme. Par conséquent, dans l'immense
majorité des cas, il est préférable de proposer
une alternative au traitement chirurgical, par exemple, le complément
capillaire qui relève du domaine du prothésiste et
de l'institut de soins capillaires. Dans quelques rares cas, une
microtransplantation de cheveux éparse de la région
frontale peut donner chez certains patients quelques résultats
surprenant aussi bien sur le plan esthétique que sur le plan
psychologique.
Un homme jeune qui affiche les
caractéristiques des premiers stades de Hamilton, mais qui
présente les prémices d'un recul des lignes temporales,
ainsi qu'un éclaircissement au niveau des bords supérieurs
de la couronne, finira fort probablement par être affligé
d'une calvitie sévère, de stade VI ou VII de Hamilton.
De plus, si la densité au niveau de la zone donneuse est
faible, il faut se questionner sur le bien fondé d'une telle
intervention. Au contraire, une forte densité au niveau de
la zone donneuse (entre 300 et 350 cheveux par cm2), indemne d'éclaircissement
sur les bords supérieurs de la couronne, sans recul visible
ou suspicion de recul des lignes temporales, permet d'envisager
une stratégie prudente de réimplantation. Dans les
cas les plus favorables, soit une calvitie faiblement ou moyennement
évolutive, quelques séances de microtransplantation
capillaire, réparties sur toute la vie, régleront
définitivement le problème.
Toutes ces explications démontrent
à quel point ces notions de stratégie et de planification
sont importantes. Elles soulèvent aussi certaines questions
récurrentes auxquelles il faut apporter une réponse.
Faut il traiter toutes les localisations chauves ou traiter certaines
régions en priorité? A moins que le patient ne possède
une très belle hauteur de couronne, qu'il affiche une exceptionnelle
densité au niveau de la zone donneuse, qu'il se rapproche
de la quarantaine, et que ses antécédents familiaux
plaident pour une calvitie arrivée à un stade de stabilisation,
la règle est de privilégier la région frontale
en dessinant une ligne frontale en position haute de sécurité
et de s'abstenir de traiter la région de la tonsure.
Faut il corriger les golfes
qui se creusent chez l'homme entre 20 et 40 ans? La réponse
est non, sauf exception. Greffer les golfes chez les hommes de cet
âge, c'est prendre le risque d'implanter les cheveux dans
une mauvaise position si, par la suite, la hauteur de la couronne
s'abaisse et les lignes temporales reculent.
Faut il se plier aux exigences
des jeunes patients? La réponse est définitivement
non. Sans les heurter, il faut les informer et les orienter vers
ce qui semble être, pour eux,la meilleure stratégie
à long terme. Dans le cas de calvities étendues ou
potentiellement évolutives, cela signifie un geste a minima,
voire un refus d'intervenir trop précocement. Dans le cas
de calvities plus modérées ou d'évolution plus
lente, il est possible de proposer une à deux séances
en privilégiant toujours le traitement de la région
frontale haute. L'objectif est, en effet, de répondre à
une demande et de traiter le patient au plus vite, mais surtout
de s'assurer que le traitement ne gâche pas son avenir esthétique,
ce qui est encore trop souvent le cas, notamment lorsque le traitement
n'a visé que le court terme.
N'oublions jamais que le corps
et le visage, en particulier, changent avec le temps. Les rides
apparaissent, le visage se creuse ou s'épaissit. De tels
paramètres ne doivent jamais être négligés
au moment de la reconstruction de la bordure frontale.
Peut on réaliser une
microtransplantation de cheveux lorsque la zone donneuse est de
faible densité? Certainement, mais tout dépend de
l'étendue de la calvitie.
Peut on greffer des cheveux
d'une autre personne? La réponse est non. L'unité
folliculaire s'inscrit dans les couches profondes de la peau, qui
est elle même un organe à part entière. Comme
tout organe étranger, celui ci serait rejeté par l'organisme,
au même titre qu'un rein, un foie ou un coeur provenant d'un
donneur non sélectionné. La recherche de donneurs
de cheveux compatibles, compte tenu de la lourdeur des moyens à
mettre en place, ne parait pas une solution pour l'avenir. Il est
à noter malgré tout qu'une équipe anglaise
a dernièrement obtenu le début d'une repousse, mais
ces résultats n'ont, pas été confirmés
à ce jour.
Peut on greffer des cheveux
synthétiques? C'est possible, mais fortement déconseillé.
'Trop de problèmes, et parfois de sérieux cas d'infection
et de rejets, ont été décrits et rapportés
pour que l'on puisse une seule seconde conseiller ce type de traitement.
À moins de la découverte d'un matériel biocompatible
avec le corps humain, cette technique est actuellement à
bannir.
Le positionnement de la bordure
frontale
Si l'on observe un crâne,
on peut remarquer que celui ci est plus large à sa base qu'à
son sommet. Ainsi, plus la ligne frontale est dessinée en
position basse, plus elle est longue et, inversement, plus elle
est dessinée en position haute, plus elle est courte.
Dans les faits, une ligne dessinée
en position haute est toujours, et de très loin, la plus
esthétique et la mieux adaptée pour corriger une calvitie
importante. Cela étant, il reste tout à fait possible
d'envisager une ligne frontale en position plus basse chez un homme
de 50 ans dont la calvitie est stabilisée.
Chez l'homme jeune, la ligne
frontale en position haute de sécurité s'impose. Elle
lui évite le désagrément de voir quelques années
plus tard ses premières rides chevaucher la base de son implantation.
Elle écarte le risque d'un front trop court. Enfin, elle
lui apporte l'assurance d'un résultat esthétique,
pouvant à tout moment être affiné par l'abaissement
de cette ligne de quelques millimètres ou plus à l'occasion
d'une nouvelle séance de microtransplantation.
La région de la tonsure
Sauf dans le cas exceptionnel
d'une tonsure parfaitement circonscrite, sans autres signes évidents
d'évolutivité de la calvitie vers la région
frontale ou occipitale, le traitement de cette région par
la technique de transplantation de cheveux ne semble pas être
souhaitable avant l'âge minimum de 40 ans. En effet, la décision
de transplanter une tonsure implique que l'on a estimé la
hauteur de la couronne comme stable et quasi définitive,
ce qu'aucun praticien ne peut affirmer à moins d'être
devin.
La disposition des cheveux en
rayons de roue à partir d'un point central appelé
le tourbillon, point de départ naturel des cheveux, nécessite
toujours, notamment si le patient se coiffe en avant, un très
grand nombre d'implants. Cela implique plusieurs séances
pour le traitement de cette seule région. Étant donné
la probabilité, chez l'homme jeune, de voir sa calvitie s'étendre
à la région frontale au fil des ans, la logique impose
de garder l'essentiel des réserves au niveau de la zone donneuse,
pour le traitement de la zone antérieure. Dans quelques cas
seulement, il sera possibled'envisager un traitement partiel de
la partie haute de la tonsure, en attendant des jours meilleurs,
où il sera certain que la perte de cheveux est stabilisée.
La gestion du capital cheveux
À chaque séance,
le praticien puise dans les réserves de cheveux. Mais celles
ci ne sont pas inépuisables. C'est la raison pour laquelle,
pour nos jeunes patients, il est approprié d'adopter une
stratégie visant, toujours à long terme, à
traiter la calvitie sur toute sa surface, mais avec une densité
de cheveux modérée, plutôt que de traiter une
seule localisation avec une densité maximale, sans pouvoir
implanter le reste du crâne, «faute de stock».
Seul l'avènement de techniques
particulières, comme la culture de cheveux, remettrait en
cause ce principe qui semble découler du simple bon sens.
Aussi, s'il devait y avoir deux mots pour définir l'attitude
à adopter pour les hommes jeunes, ces mots seraient prudence
et anticipation: prudence quant à la gestion du capital cheveux
et anticipation pour la stratégie sur le long terne.
Le profil psychologique
La prise en compte du profil
psychologique du patient et des éventuels troubles associés
se révèle primordiale dans le cadre d'une consultation
d'esthétique. C'est aux médecins ou aux chirurgiens
de prendre en compte la demande, de l'analyser et d'y répondre
par le moyen qui leur semble le mieux adapté. À eux
de faire la différence entre une demande raisonnable et raisonnée
et une demande pathologique qui impose de refuser l'intervention.
Les patients ne savent pas.
C'est aux professionnels de savoir pour eux. C'est ensuite aux patients
de faire leurs choix.
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